Avez-vous, dans votre façon de travailler, un fil conducteur auquel vous tenez ?
• Oui bien sûr. D'ailleurs mon prédécesseur Jacques Guedj était dans un axe similaire et j'ai gardé son équipe de professeurs. Ils sont issus de l'école Lecoq, C'est une école de théâtre qui met en avant le corps. C'est un travail de dynamique théâtrale où le corps en mouvement est utilisé comme un instrument.
Comment comptez-vous valoriser l'école ?
• Je souhaite des métissages. Je souhaite que les élèves puissent faire des stages avec d'autres visions du théâtre. Pour cela il leur faut partir à la rencontre d'autres artistes : des chorégraphes, des musiciens ...
Avez-vous un travail spécifique pour la transmission du jeu d'acteur ?
• Le travail essentiel, c'est la capacité à incarner physiquement. C'est ce qui nous réunit tous culturellement. Même si on n'a pas tous la même histoire et la même capacité, on a tous un corps. C'est ce dénominateur commun qui va permettre d'aborder l'univers du théâtre.
Qu'est-ce qui peut amener des personnes à s'intéresser à l'art dramatique ?
• Chez les enfants, c'est se sentir exister, avoir la parole. Chez les ados, la prise de parole est plus politique. Au centre Jean-Vilar, pour le spectacle du 21 mai, les jeunes ont choisi un texte d'Emmanuel Darley qui parle d'un dictateur qui se fait élire ...
Vous savez, le théâtre c'est un miroir qu'on tend à la société. Quant aux adultes, qui présentent au centre Gérard-Philipe, le 9 juin, un travail autour du clown, ils sont très exigeants envers eux-mêmes.
Quelle place donnez-vous au théâtre et à ta culture en général sur une commune ?
• Le théâtre peut intervenir tout au long de la saison et pas seulement au sein des ateliers. Il y a des forces vives à Champigny. Il y a les compagnies amateurs, les élèves du conservatoire, les associations... Si on peut fédérer tout ça et travailler avec la musique, la danse, les arts plastiques ...
Avez-vous des pièces de prédilection que vous souhaitez absolument voir enseigner ?
• Non. Je pense qu'il est important que les professeurs s'approprient leurs choix. On travaille longtemps sur les textes et il est essentiel que cela plaise aux enseignants. En revanche, il y a des thématiques qui me semblent incontournables.
Lesquelles ?
• Je veux proposer un théâtre humaniste. Un théâtre où l'homme est le point central. Un théâtre généreux, d'imagination et d'ouverture. C'est ce regard-là que je porte d'abord sur un texte.
Cette passion vous arrime depuis près de 30 ans. Racontez-nous un peu votre parcours.
• Au départ, je faisais du hockey sur glace. Une blessure m'a empêché de continuer. Alors, pour extérioriser ma rage, je me suis engagé à 13 ans dans le théâtre, dans un conservatoire municipal. Ensuite j'ai travaillé à la Comédie-Française. Au fond, ce qui m'a nourri, c'est d'avoir croisé des metteurs en scène comme Jacques Lassalle, Antoine Vitez, Jean-Paul Roussillon ... Cela m'a donné des ailes. J'ai eu envie de devenir le metteur en scène de ma propre compagnie.
Un métier assez complexe ?
• Metteur en scène, c'est un peu comme chef d'orchestre. On travaille à différents niveaux: le choix des œuvres, le choix des comédiens, des costumes, des lumières ...
Qu'est-ce que vous ne mettez pas en scène ?
• Le divertissement sans intelligence, à supprimer. Ce que je recherche, c'est quand l'émotion donne de l'intelligence.
Vous avez déjà mis en scène plus de 40 pièces dont trois sont à l'affiche cette année, 'Les Yeux de soie' de Sagan, 'Histoires d'hommes' de Xavier Durringer et 'L'Arbre de joie' ... Vous devez être très sollicité ?
• Je lis environ une pièce par jour. J'aime découvrir de nouveaux auteurs. J'ai dans mon métier une espèce de terrain laboratoire qui me permet de faire de vraies découvertes.
Qu'est-ce qui vous étonne encore ?
• Les gens de ma compagnie. J'ai une vraie admiration pour ces comédiens et notamment pour Danièle Lebrun, qui me fascine à chaque fois. Elle est pour moi la liberté théâtrale incarnée.
Quel regard portez-vous sur ces Campinois et autres amateurs qui prennent des cours de théâtre ?
• C'est très tendre, comme regard. Voir des enfants jouer vous ramène forcement à vous-même. Voir aussi comment, chez les ados, cela fait émerger une personnalité... c'est formidable ! Et ces adultes qui ont fait le choix de jouer sans pour autant devenir professionnel, on se dit que c'est un vrai choix d'amour. En réalité, on se retrouve face à des gens qui partagent la même passion que vous.
Corinne BINESTI (PHOTO Virginie HELLOT)