Profitons que les comédiens traînent. Gérald, finalement votre pièce raconte comment deux pianistes, à force de partager le même banc finissent par se mettre au ban de tout ?
Déjà, je tiens à dire que je suis heureux du travail du metteur en scène. Il y a une chose amusante et très forte dans sa mise en scène, et que le décor rend fort bien, c’est la manière dont il a traité l’espace. L’espace restreint du banc, qui ne cesse de rétrécir, et qui se trouve en avant-scène, qu’il a opposé à celui de la montagne, que l’on trouve au fond. Cette opposition est géniale. Sinon, que dire, c’est une pièce sur la tragédie de la communication. Après des années de piano commun, deux artistes décident de tout se dire. Ce qui est évidemment la chose qu’il ne faut jamais faire. On ne peut faire confiance à 20 ans de vie commune pour se dire tout ce qu’on pense. Cela ne peut pas marcher.
Puisqu’ils ne sont toujours pas là, Christophe, dites-nous comment vous avez fait pour que ce véritable duo interprète un duo de théâtre ?
Au théâtre, tout est basé sur la confiance. Or, pour jouer la confiance et l’honnêteté que demandent les deux personnages, j’ai profité de celle que m’ont accordée Régis et Philippe. C’était comme si on se connaissait depuis toujours, ce qui n’est pas le cas. Je me suis servi de leur passé, de cette intimité qui les unit. Ils n’ont pas eu à inventer. Ensuite, je leur ai demandé d’aller se perdre dans le plus profond de leur intimité, d’aller vers le plus sombre. C’est ce contraste, entre la clarté et l’obscurité, qui me paraissait le plus important.
Alors Messieurs, ce banc, comment l’avez-vous trouvé ?
Chevallier : On l’a trouvé, c’est déjà ça.
Laspalès : Finalement on est toujours sur nos bancs d’école en train de travailler. Lorsqu’on écrit ensemble, on est là avec nos cahiers et nos crayons. Nos personnages se retrouvent avec une partition, mais surtout avec leurs crayons et leurs gommes.
Vous vous connaissez depuis les bancs du cours Simon, c’est une longue histoire, comme dans la pièce ?
Laspalès : C’est vrai, chez Simon il y avait des bancs.
Chevallier: Des petits bancs en bois et durs.
Laspalès : Le cours Simon est le révélateur. C’est là que nous nous sommes connus et c’est là où notre duo est né. Je connais Philippe depuis aussi longtemps qu’il me connaît. C’est une longue histoire d’amitié qui dure.
Ce qui n’est pas le cas de vos personnages.
Laspalès : Eux, ils vont au clash. C’est ce qui nous a plu. Vladimir, le rôle qu’interprète Philippe, veut vraiment arrêter. Nous n’avons pas connu cette situation. C’est ça qui est intéressant et qui peut troubler le spectateur.
Pendant ce temps-là, Philippe, plus du tout à ce qui se dit, parle, allez savoir pourquoi, du général De Gaulle à Sibleyras et Lidon, hilares. Régis reste concentré.
Gérald, ne m’en veuillez pas, mais je vous pique une réplique pour cette question.
« Comment pouvez-vous définir votre association ? Qui est le ciment ? Qui est la pierre ? »
Chevallier : On est une association en béton armé.
Laspalès : Donc ni pierre, ni ciment, indestructible.
Puisqu’ils sont là, que pensez-vous de votre auteur et de votre metteur en scène ?
Chevallier : Sincèrement, je trouve que l’auteur a écrit une pièce très drôle.
Laspalès : Ouais. Mais y en a un sur les deux avec lequel on s’entend bien et qui est vraiment drôle.
Chevallier : Voilà, y en a un et pas l’autre.
Laspalès : On les découvre depuis un mois. En tout cas, on a foncé. La rencontre est fructueuse. Christophe nous apporte beaucoup. On connaissait déjà son travail, mais maintenant on le connaît vraiment. C’est une belle rencontre. On était assez fans de l’univers de Sibleyras. L’aspect absurde, c’était obligé que l’on s’entende.
Chevallier : Alors je tiens à préciser que toutes les choses intelligentes dans les interviews sont toujours attribuées à Régis, alors qu’en réalité, c’est moi qui les dis.
Ce banc, c’est un beau cadeau qu’on vous a offert ?
Chevallier et Laspalès en duo : Ça oui ! Et il nous a séduits immédiatement.
Philippe et Régis quittent la table, l’auteur et le metteur en scène, complices se regardent.
Lidon : Tu es d’accord avec moi, y’en a un avec lequel tu t’entends mieux ?
Sibleyras : Exactement, y a même un qui est plus drôle.
Les deux ensemble : Ce qui est vraiment génial, c’est qu’ils ont tout de suite répondu de manière positive et avec enthousiasme au projet. Et nous ne sommes pas déçus !