Pariscope
Grand succès l'année passée, « L'antichambre » revient à Paris, après une belle tournée, pour soixante représentations exceptionnelles.
Le Roi-Soleil s'est éteint depuis longtemps, le pouvoir a quitté Versailles. L'esprit du XVIIIe siècle brille maintenant à Paris dans les salons de femmes célèbres où se retrouvent les esprits les plus éclairés d'Europe. Le salon le plus prisé est celui de la marquise du Deffand. En compagnie de sa jeune nièce, Julie de Lespinasse, elle y accueille, en dehors du président Hénault, ami et fidèle de longue date, Fontenelle, D'Alembert, Montesquieu ou Turgot. Les deux femmes, un moment très liées, vont bientôt s'opposer et se disputer la compagnie de leurs amis. Entre la vieille marquise, qui appartient déjà au passé, et la jeune femme du siècle des lumières, les idées divergent totalement. L'affrontement est inévitable. L'élève va dépasser le maître, et la marquise va l'apprendre à ses dépens. La fréquentation de son salon se réduit comme peau de chagrin. Abandonnée, atteinte de cécité, elle finira seule, sans comprendre le monde qui émerge, annonçant déjà la Révolution. La pièce est une joute oratoire implacable où intelligence et humour s'expriment à merveille sous la plume vive et acérée de son auteur, Jean-Claude Brisville.
Trois comédiens incarnent des personnages tout en attente et en manipulation. Danièle Lebrun, grande dame du théâtre, au jeu toujours impeccable et précis. A ses côtés, la délicieuse Sarah Biasini, émouvante et spontanée, et, nouveau venu dans le trio, Jean-Claude Bouillon dans le rôle du Président Hénault, l'ami fidèle et conciliateur.
Aux commandes, l'un des meilleurs metteurs en scène actuel, Christophe Lidon, fin et sensible. Décors superbes et astucieux signés Catherine Bluwal et costumes magnifiques de Claire Belloc. Un spectacle à voir (ou à revoir), gage d'une excellente soirée.
Arlette Frazier