NOTE D’INTENTION
Nous sommes ici dans la tête d’Henri, grand scientifique qui, comme sur un échiquier, va pousser les pièces de sa réflexion dans un jeu fait de doutes et de remords, dont il ne connaît pas complètement les règles.
Ce pacte avec l’Intrus, puisqu’il en est question, va lui permettre de vivre et revivre ce qu’il pense avoir négligé dans son existence et qui aujourd’hui, à l’heure du bilan, l’obsède.
Le Théâtre va alors développer toute la magie dont il est capable pour faire de cette joute intime et philosophique entre Henri et l’Intrus un moment de spectacle où le passé et la fantaisie des vies qu’Henri aurait pu vivre se télescopent sous nos yeux.
Claude RICH mène la danse et donne à Henri toute la dimension nécessaire pour explorer les facettes de rire et d’émotion que propose l’histoire de cet homme qui se retourne sur son chemin de vie.
Nicolas VAUDE est l’Intrus, entre diable personnel et culpabilité ayant pris forme humaine, qui jongle tour à tour avec son charme et son mystère.
Dans un décor où le dédoublement et le reflet créent des perspectives comme autant de vies possibles, et où le noir et le blanc stylisent et codifient un univers mental, les personnages de la vie d’Henri vont enfin lui permettre de lâcher prise et de franchir le seuil de sa vie terrestre.
Catherine BLUWAL, Marie-Hélène PINON, Claire BELLOC et Michel WINOGRADOFF, qui composent mon équipe, inventeront avec moi les règles de ce jeu inattendu d’un Faust contemporain.
Christophe LIDON
Prestidigitation
«L'Intrus», donné à la Comédie des Champs-Elysées : Le duo Claude Rich-Nicolas Vaude y fait des étincelles, portant haut et fort une pièce brillante, mais casse-gueule d'Antoine Rault qui revisite le thème faustien. Henri (Claude Rich), un grand scientifique à l'automne de sa vie, reçoit la visite d'un drôle d'intrus (Nicolas Vaude), le diable probablement, qui lui propose de troquer une fin horrible (Alzheimer), contre une seconde jeunesse. Ce diable «personnel», réel ou inventé, va le contraindre à faire le grand examen de sa vie.
La mise en scène de Christophe Lidon tient de la prestidigitation : jeux de miroirs, décors mi-manoir hanté, mi-music-hall, inversions de rôles ultrarapides (quand Henri troque sa peau contre celle de «l'intrus»). Une course folle, qui malgré quelques scories, s'avère diablement efficace.
L'essentiel de la réussite du spectacle tient à la formidable complicité de Claude Rich et de Nicolas Vaude, capables d'échanger leurs personnages à la vitesse de l'éclair, comme s'ils ne faisaient qu'un : homme ou démon, malicieux, inquiétant et pathétique. Jean-Claude Bouillon, Delphine Rich et Chloé Berthier assurent en bons petits soldats les seconds rôles.