"Le Festival Off est un lieu privilégié pour découvrir des auteurs dramatiques tels Emmanuelle Bataille ("Fille de "), Michael Stampe ("F-X"), Mathieu Beurton ("Les Amers") et quelques autres, malheureusement trop rares tant leur création à Avignon comporte de dangers".
Claude Bernard - La Marseillaise - 31 juillet 2009
"Ombres et lumières du Festival d'Avignon - bilan 2009 - Hémorragie des spectacles du Off mais belle cuvée artistique".
F comme fureur, X comme de vivre ?
Et puis la voix a rempli le petit théâtre, et la lumière a sculpté la voix.
L'auteur, le metteur en scène, l'acteur semblent s'être si intimement liés qu'il m'est bien difficile de repérer ce qui revient à qui. En tout cas, de cette alliance nous parvient une histoire tragiquement banale : le désespoir absolu d'un enfant exposé au meurtre d'âme. Et sa résistance. Farouche. C'est l'enfant combattant qui nous prend à témoin à travers les muscles puissants de l'adulte devenu, qui lutte pour sa vie, qui n'a pas renoncé à être aimé, qui cherche par tous les moyens qu'il trouve à obtenir ce à quoi il a droit. Les déceptions sont amères et répétées. Mais il ne lâche pas. C'est ce qui m'a le plus émue dans ce spectacle brutal et sensible, "l'aventure obstinée" de l'amour et de sa quête.
Dans une scénographie essentiellement composée de lumière et de pénombre, Jérôme Pradon porte une parole qu’on sent fébrile, dans l’urgence d’être partagée. Se donnant sans retenue, il s’approprie un monologue parfois proche de la logorrhée, mais jamais pathétique. Un texte subtil qui laisse deviner des accidents de parcours, des fêlures ténues, l’envie de donner un coup de pied majestueux dans les non-dits. Et cela tape juste, aussi bien dans le rire que dans les passages sombres.
Nerveux, comme sur un ring, l’acteur mène un combat. La violence du flash, à la manière d’un uppercut, nous dit mieux que tout comme cet autoportrait se met au monde dans la douleur. L’objectif de l’appareil devient une arme qui n’hésite pas à mitrailler. Rien n’est lisse, et la chair est passée au crible pour mettre au jour le grain, les cicatrices, tout ce qui forme la calligraphie et l’histoire de ce corps.
Sur écran, il n’y a pas mieux d’ailleurs : juste d’autres solitudes qui souffrent et assouvissent des pulsions, peu soucieuses de rechercher le sous-texte crypté dans l’œuvre du photographe. Une œuvre qui n’a d’ailleurs peut-être pas d’autre vocation que celle d’exister de biais, mais d’exister avec beauté.
La proximité du public fait de cette pièce un objet intime, que des flashs lacèrent parfois, ramenant le spectateur à la position du voyeur. Inconfortable, frontale et épurée, la mise en scène fait ressortir le charisme de Jérôme Pradon, et donne un écho percutant à certaines anecdotes. Est-ce que cette histoire est sordide ou étrangement familière ?
Dans une époque d’automise en scène de nos vies, F-X éclaire un phénomène social, un besoin de visibilité qui se chiffre au nombre de commentaires plus qu’à la qualité du regard. Il ne s’agit en rien d’un jugement de valeur, mais plus d’un éclairage sur le prix à payer. Pour être dans la lumière, peu en importe la source, il faut jouer sa peau. Démonstration limpide et exécutée avec bravoure.
Aurore Krol