Un peignoir pendu à une porte, un lit défait et aussi une cage à oiseaux avec des mariés miniatures comme on en trouve au sommet des pièces montées. Un symbole ? À n'en pas douter pour une pièce sur les affres du couple. C'est Délire à deux, une œuvre d'Eugène Ionesco, revue mais pas corrigée par le metteur en scène Christophe Lidon, au Théâtre du Chien-qui-Fume, à Avignon.
Surgissent les deux protagonistes, une femme (Danièle Lebrun qui succède notamment à Tsilla Chelton et à Suzanne Flon), un homme (Bernard Malaka), tous deux en pyjama d'un blanc immaculé à l'opposé de leur ciel conjugal. C'est clair, il y a de l'orage dans l'air. «On voudrait vivre sa vie, on la perd», dit-elle. «Nous irons dans une prison qui est une sorte de boîte», semble-t-il renchérir. Ils se chamaillent à propos des différences entre une tortue et un limaçon.
Leur guerre ne date pas d'hier. Des explosions à l'extérieur, des coups de feu les effraient, mais ne les rapprocheront pas. « On s'entendra jamais ! », se jettent-ils à la figure. Ils en sont convaincus depuis le commencement de leur histoire mais ils ne feront aucun effort pour que la situation s'améliore. Tant mieux pour le spectateur qui s'amuse beaucoup : ce drôle de «jeu» lui est peut- être familier.
On retrouve l'univers absurde cher à Ionesco, son rire grinçant proche du désespoir car, au fond, il traite de solitude. Avec ce duo de comédiens étincelants, le spectacle est idéal pour célébrer le centième anniversaire de la naissance de l'académicien français d'origine roumaine.
Nathalie Simon - Le Figaro 16 juillet 2009