Dans votre carrière, le théâtre arrive tardivement. Est-ce un choix ?
Pas vraiment, car je ne me suis jamais dit que je ferais du théâtre seulement dans dix ans. Pendant longtemps, j'ai eu très peur du théâtre. Je ne me sentais pas légitime dans le métier d'actrice ; je suis arrivée dans le cinéma sans avoir construit un désir envers ce métier. En plus, le père de ma fille était un grand acteur (Thierry Fortineau). Je pensais ne pas pouvoir prétendre faire le même métier que lui. Quand Louis-Michel Colla m'a proposé L'arbre de joie, je me suis sentie plus légitime parce que l'urgence que je ressentais de traiter de ce sujet (le cancer), l'a emporté sur ma peur.
Dans L'arbre de joie, vous aviez un tel sens de l'espace scénique, qu'on avait du mal à croire que c'était votre première fois !
Le déplacement que demande un metteur en scène découle de la pensée, des émotions d'un personnage qui s'intègrent alors dans le mouvement. Lidon est merveilleux pour cela.
C'est votre deuxième pièce avec Christophe Lidon...
J'en suis tellement contente. J'ai fait mon baptême avec lui. Ma deuxième fois, ce fut une grande machinerie, à Nice, Rock'n'roll de Stoppard mis en scène par Daniel Benoin. Pour Nathalie Ribout, j'ai ressenti le besoin d'être à nouveau avec lui. Nous ne sommes que deux à occuper le plateau. Cela ne m'est jamais arrivé. Donc c'est encore une première fois et c'est bien que Christophe soit encore associé à cette aventure. Je le trouve fascinant comme metteur en scène. Il aime tellement ses personnages que lorsqu'il en parle, on les voit vraiment exister. Les idées fusent et il établit une grande confiance.
Philippe Blasband, auteur également d'Une Liaison pornographique, aime jouer avec les « liaisons dangereuses » des relations amoureuses, non ?
Décrire la pièce est une affaire compliquée. Evidemment, cela tourne autour de l'amour, du sexe, de l'érotisme. Mon personnage, divorcé récemment, loue les services d'une prostituée pour qu'elle ait une relation avec son mari et lui fasse un compte rendu précis de ce qu'il se passe. C'est une façon de garder le contrôle sur la vie de cet homme qu'elle aime encore, mais aussi de mieux le connaître. Cela passe par une identification avec la prostituée. Cette fille est comme de l'argile qu'elle façonne. C'est un processus douloureux pour se dépêtrer de cette blessure qu'est la séparation. Les choses finissent par échapper à son contrôle.
C'est un rôle intense. Votre personnage est, selon votre metteur en scène, « à fleur de peau ». Cela doit être excitant et délicat à jouer, non ?
Très délicat. Elle est dans une grande écoute du récit que lui fait la prostituée. Juste par son écoute, mon personnage passe par des registres différents. Au début, il y a une relation patronne-employée. Les mots qui sont dits ne sont pas toujours vrais. Les personnages se mentent. Le mien se ment même à lui-même. Rien n'est clair comme du cristal. C'est très étrange cette histoire d'identités qui se mélangent. L'échange entre ces deux femmes est très fin, même si le texte est, par moments, très cru.
Virginie Efira s'est fait connaître en France à la télé, or sa formation de base est le théâtre...
Tout à fait. En Belgique, elle a surtout joué des comédies. C'est la première fois qu'elle aborde ce registre. Les gens vont être étonnés. Le côté frais, naturel, solaire de Virginie colle très bien à ce personnage de prostituée. J'imagine que les prostituées sont des gens blessés, avec de grandes pages blanches dans leur ressenti. Elle joue une sorte de schizophrénie. Elle est formidable dans ce rôle.
Votre personnage est-il une victime ou une meneuse ?
Difficile à dire. C'est une femme qui a été quittée, dans ce sens-là, elle est victime. Mais si elle l'était vraiment, elle resterait là à souffrir. En engageant cette prostituée, elle va s'approprier la rupture. Ce n'est pas qu'une vengeance, je tiens à le préciser. Cela n'est pas si simple. En fait, c'est une sorte d'exorcisme.