Epatant
Christophe Lidon nous fait (re)découvrir Félicien Marceau, un auteur, qui dans pratiquement toute son oeuvre théâtrale, a été à la recherche lucide d'une vérité qui s'oppose à l'absurdité de la condition humaine.
«L'œuf» fut créé en 1956, puis la pièce est entrée au répertoire de la Comédie- Française en 1979. Elle est devenue un classique.
L'histoire est connue : Magis, employé modeste, ne souhaite qu'une chose, être bien dans sa peau, dans sa tête. Que recherche Magis? Le bonheur familial, amoureux et social. C'est tout simple. Très vite il va se rendre compte que toute la vie en société repose sur des conventions, des impostures, des mensonges. Il va s'apercevoir que l'exclusion dont il est victime est une étonnante marge de manœuvre pour réussir le mythique «crime parfait».
Et là dans sa tête tout dérape. Magis, redoutable chef d'orchestre va mener le jeu avec une parfaite duplicité, tout en conservant un regard ironique sur les choses de la vie. Bon mari, bon père, excellent gendre, c'est l'hypocrite intégral.
Bernard Malaka est parfait dans ce rôle, il entre dans « le système » avec un plaisir jouissif. A ses côtés la blonde et craquante Stéphanie Vicat, la brune et délurée Marie Perrin, et les deux sympathiques Stéphane Cottin et Jacques Fontanel. Avec peu d'accessoires, de superbes lumières de Marie-Hélène Pinon, les comédiens restituent les différentes étapes de la vie de Magis.
Les tableaux se succèdent à un rythme vif, dans une mise en scène alerte et kaléidoscopique de Christophe Lidon. La pièce gagne en spontanéité, en ironie et en émotion, ce qu'elle perd en férocité. Un quintet de comédiens virtuoses fait une incursion réussie, dans l'univers de Félicien Marceau.
Une rafraîchissante récréation qui fait partie des bonheurs du théâtre.
Arlette Frazier - Pariscope