La Locandiera : Portrait de femme
Des draps blancs suspendus sur des fils reflètent, en ombre chinoise et silhouettes découpées, les comédiens de cette pièce de Carlo Goldoni.
Christophe Lindon a choisi, volontairement, une scène dépouillée, un décor léger qui accentuent le côté, fin, léger et délicat de son remarquable travail de metteur en scène. Il a parfaitement su se jouer des contrastes, noir et blanc, ombre et clarté, comme le sont les sentiments des hommes.
Telle une partition musicale, une chanson populaire italienne, il nous propose un moment de détente dans cette auberge de «la Locandiera» dans laquelle, Mirandoline, femme parmi les femmes, s'occupe de sa maison avec une poigne de fer dans un gant de velours. Elle est belle, dynamique, active, du fond de son XVIIIème siècle, c'est une femme moderne. Son charme, son intelligence et sa farouche détermination de vivre libre et heureuse font qu'on.l'aime immédiatement.
Ils sont nombreux, dans son auberge, à se morfondre d'amour pour elle. Le marquis, le comte, le valet Fabrice et le chevalier, quatre hommes, quatre galants, aux caractères bien trempés, et dignes représentants de la gent masculine. Mais attention les sentiments amoureux ne sont pas si simples et gare à ceux qui s'y brûlent les ailes. Mirandoline tient à faire céder le chevalier, l'homme qui fuit les femmes, qui les craint, les trouve dangereuse. Une fois dans ses filets, c'est elle qui succombe...
La fin n'est pas heureuse, mais raisonnable, comme l'est souvent la vie.
Christophe Lindon a trouvé le ton juste. Les comédiens, tous à l'unisson, pétillants de jeunesse, sont magnifiques, et nous entraînent dans le rire et l'émotion.
Goldoni ne pouvait trouver de meilleur serviteur.
Un vrai ravissement.
Marie-Céline Nivière - Pariscope